Peut-on conduire pendant un jeûne ?

Ce que disent les études

« Vous faites conduire des personnes qui jeûnent ? Mais c’est dangereux ! »

Cette question nous a été posée à plusieurs reprises cette année, parfois avec beaucoup d’inquiétude. Depuis plusieurs années, à L’Escale Jeûne, lorsque nous devons nous déplacer en voiture pour rejoindre le départ d’une randonnée, certains participants peuvent conduire leur propre véhicule.

Pourquoi ? Parce que nous ne disposons pas d’un minibus et que la plupart de nos départs de randonnée se trouvent à seulement 5 à 10 minutes du centre. Une seule randonnée (sur la vingtaine de randonnées que nous proposons) nécessite exceptionnellement davantage de voiture, tandis que certaines ne nécessitent aucun déplacement.

Nous avons donc souhaité regarder ce que disent réellement les données scientifiques sur le jeûne, la vigilance et les temps de réaction.

Jeûner ne signifie pas automatiquement manquer d’énergie pour le cerveau

Pendant un jeûne prolongé, l’organisme modifie progressivement son utilisation des carburants énergétiques.

Après l’utilisation des réserves de glycogène, le foie augmente la production de glucose et surtout de corps cétoniques à partir des graisses. Le cerveau utilise alors une part croissante des corps cétoniques comme source d’énergie.

Cette adaptation métabolique est importante lorsqu’on parle de vigilance et de conduite : une personne qui jeûne depuis plusieurs jours n’est pas simplement une personne qui aurait « sauté un repas ».

Une étude menée chez 13 adultes sains soumis à 10 jours de jeûne complet n’a pas retrouvé de diminution significative des fonctions cognitives de base au cours du jeûne. Les chercheurs ont notamment observé que les modifications des substrats énergétiques s’accompagnaient d’une adaptation progressive de l’organisme.

Cela ne signifie évidemment pas que toute personne peut conduire pendant un jeûne prolongé. Cela signifie que le jeûne, à lui seul, ne permet pas de conclure à une altération automatique des capacités cognitives.

Et les réflexes ? Sont-ils ralentis ?

C’est probablement la question la plus importante lorsqu’on parle de conduite.

La conduite nécessite notamment de percevoir une information, de l’interpréter et de déclencher rapidement une réponse motrice. On peut donc se demander si le jeûne ralentit les temps de réaction.

Les résultats scientifiques sont plutôt rassurants, même si les études ne sont pas toutes parfaitement concordantes.

Dans une étude menée chez de jeunes hommes en bonne santé, les chercheurs ont mesuré objectivement la somnolence, la vigilance et le temps de réaction visuel pendant différentes périodes de jeûne. Ils n’ont retrouvé aucune modification significative du temps de réaction moyen, ni des mesures objectives de somnolence et de vigilance.

D’autres travaux ont toutefois retrouvé certaines diminutions de performances psychomotrices ou attentionnelles. Les résultats dépendent notamment de la durée du jeûne, de la tâche réalisée, de l’heure de la journée, du sommeil et de l’état général de la personne.

La conclusion raisonnable n’est donc pas :

« Le jeûne ne modifie jamais les réflexes. »

Mais plutôt :

« Le jeûne ne provoque pas systématiquement de ralentissement des temps de réaction ou des performances psychomotrices chez les adultes en bonne santé. »

Une méta-analyse récente est plutôt rassurante

Une méta-analyse publiée en 2025 a regroupé 222 estimations d’effet provenant de 3 484 participants et a comparé les performances cognitives de personnes à jeun et de personnes ayant mangé.

Pour les jeûnes courts, les chercheurs n’ont trouvé aucune différence significative de performance cognitive entre les deux situations.

Le rôle essentiel de l’hypoglycémie

Une confusion fréquente consiste à assimiler jeûne et hypoglycémie.

Chez une personne saine, le jeûne déclenche différents mécanismes permettant de maintenir la glycémie et d’assurer l’approvisionnement énergétique du cerveau. Au fur et à mesure que le jeûne se prolonge, l’utilisation des corps cétoniques par le cerveau augmente également.

Une étude expérimentale particulièrement intéressante a comparé les réactions de sujets après un jeûne nocturne et après 72 heures de jeûne.

Après un jeûne de courte durée, une hypoglycémie modérée ralentissait le temps de réaction total et diminuait certains indicateurs de vigilance.

Mais lorsque cette même situation d’hypoglycémie survenait après 72 heures de jeûne, elle n’entraînait plus la même augmentation du temps de réaction ni la même diminution des performances de vigilance. Les chercheurs ont proposé que cela puisse refléter une diminution de la dépendance du système nerveux central au glucose, liée à l’adaptation au jeûne et à l’utilisation accrue des corps cétoniques.

Attention : cela ne signifie absolument pas qu’une hypoglycémie serait sans danger ou qu’une personne diabétique pourrait conduire normalement pendant un jeûne.

Cela signifie simplement que le cerveau d’une personne adaptée à plusieurs jours de jeûne ne fonctionne pas exactement dans les mêmes conditions métaboliques que celui d’une personne qui vient de sauter un repas.

Une personne qui se sent bien peut-elle donc conduire ?

C’est là que notre pratique devient très concrète.

À L’Escale Jeûne, nous ne considérons pas que le simple fait de jeûner rend automatiquement une personne inapte à conduire.

Lorsque nous avons besoin de deux véhicules pour rejoindre un départ de randonnée, nous choisissons une personne qui :

  • se sent parfaitement bien ;
  • ne présente aucun vertige ;
  • ne ressent aucune faiblesse inhabituelle ;
  • n’a pas de trouble visuel ;
  • ne présente pas de somnolence ;
  • a une vigilance normale ;
  • présente des constantes rassurantes, notamment une tension artérielle normale (chaque jeûneur prend sa tension lui-même tous les matins) ;
  • est habituée à conduire ;
  • se sent elle-même parfaitement capable de prendre le volant.

Le trajet est généralement court et connu.

Et surtout, la conduite n’est jamais une obligation.

Si quelqu’un nous dit : « Aujourd’hui, je ne me sens pas de conduire », il ne conduit pas.

De même, si nous avons le moindre doute sur son état, nous trouvons une autre solution, comme par exemple une randonnée qui part directement depuis le centre (qui est situé le long du GR69).

Être plus lent en randonnée ne signifie pas être moins vigilant au volant

Une autre confusion mérite d’être soulignée.

Pendant un jeûne, certaines personnes peuvent effectivement constater une diminution de leurs performances physiques. La randonnée peut sembler plus lente, les montées peuvent demander davantage d’effort et l’organisme économise naturellement son énergie.

Mais la capacité à fournir un effort musculaire prolongé et la capacité à conduire une voiture ne sont pas les mêmes fonctions physiologiques.

Marcher plusieurs kilomètres en montagne demande un travail musculaire important et prolongé.

Conduire quelques minutes demande principalement :

  • de la vigilance ;
  • de l’attention ;
  • une bonne perception visuelle ;
  • une capacité à prendre des décisions ;
  • des réponses motrices suffisamment rapides.

Ce sont précisément les fonctions qui ont été étudiées dans plusieurs travaux sur le jeûne et les performances psychomotrices.

Il n’existe donc aucune raison scientifique de considérer automatiquement qu’une personne qui marche plus lentement pendant son jeûne serait nécessairement moins apte à conduire.

Notre règle : observer la personne, pas seulement son statut de jeûneur

Nous ne cherchons évidemment pas à démontrer qu’une personne « doit pouvoir conduire parce qu’elle jeûne ».

La sécurité passe avant tout.

Une personne qui présente un malaise, des vertiges, une somnolence, des troubles visuels, une faiblesse importante ou une baisse de vigilance ne doit pas conduire.

De même, certaines situations médicales ou certains traitements peuvent rendre le jeûne incompatible avec la conduite et nécessitent un avis médical.

Mais pour un adulte en bonne santé, bien adapté au jeûne, qui se sent parfaitement bien et dont l’état général est rassurant, les données scientifiques disponibles ne montrent pas de diminution des capacités cognitives ou des temps de réaction pendant un jeûne.

C’est pourquoi, à L’Escale Jeûne, nous préférons une approche individualisée.

Ainsi, un jeûneur qui se sent bien, qui est parfaitement vigilant et dont l’état général est normal peut conduire tout à fait normalement : le simple fait de jeûner ne constitue pas, en lui-même, un danger pour la conduite.

Références scientifiques

  • Yang C. et al. Ten days of complete fasting affected subjective sensations but not cognitive abilities in healthy adults. European Journal of Nutrition, 2021.
  • Acute effects of fasting on cognitive performance: A systematic review and meta-analysis. 2025. 222 estimations, 3 484 participants.
  • Al-Shammari M. et al. Objective assessment of drowsiness and reaction time during intermittent Ramadan fasting in young men: a case-crossover study.
  • Mental alertness in response to hypoglycaemia in normal man: the effect of 12 hours and 72 hours of fasting.
  • The impact of continuous calorie restriction and fasting on cognition in adults without eating disorders. 2024.